Accéder au contenu principal

L'accueil de Bhairava

Cette nuit, j'ai eu l'impression d'accueillir Bhairava.

Je ne parle pas d'une divinité qui viendrait de l'extérieur, mais d'un moment où toute l'histoire que je me raconte s'effondre d'un seul coup.

Récemment, j'ai découvert que mes aides avaient été arrêtées. À cet instant-là, il n'y avait plus de psychologie, plus de philosophie, plus de récit. Il y avait simplement le choc. Le ventre qui se serre, le cœur qui se contracte, les larmes qui montent, la tension dans tout le corps.

Puis le mental s'est mis en route. Il a commencé à chercher des raisons, des responsables, à faire des liens avec le passé, avec mes études, avec ma famille, avec la précarité, avec la société, avec toutes les blessures anciennes.

Mais avant tout cela, il y avait quelque chose de brut.

C'est cela que j'appelle Bhairava.

Bhairava n'est pas, pour moi, un monstre extérieur. Il est cette apparition inconfortable qui ne laisse plus aucune possibilité de se raconter une histoire. Tout ce qui servait de sécurité tombe d'un seul coup. Les explications disparaissent et il ne reste qu'une présence extrêmement dense, douloureuse, presque insupportable.

C'est peut-être pour cela qu'il est représenté sous une forme effrayante. Non pas parce qu'il est mauvais, mais parce que personne n'a envie de rencontrer cet instant où toute sécurité intérieure disparaît.

À partir de là, tout remonte.

Les traumatismes, les peurs, les colères, les souvenirs, les scénarios catastrophes. On pourrait croire que le choc les crée. J'ai plutôt l'impression qu'il les révèle. Ils étaient déjà là, recouverts par la vie quotidienne, par les habitudes, par toutes les histoires que l'on se raconte pour continuer à vivre.

Le choc ne fait que retirer le voile.

Alors apparaît quelque chose qui était vivant depuis longtemps.

C'est pour cela que j'ai cette impression qu'un même événement peut revenir sous des formes différentes. Ce n'est pas exactement la situation qui se répète, mais la même source intérieure qui est réactivée.

Cette nuit, j'ai aussi repensé à cette représentation de Bhairava accompagné d'un chien. Je ne savais même pas que le chien était son véhicule. Et pourtant, quelques heures auparavant, un chien nous avait suivis jusque chez nous et était resté devant la maison.

Je n'y vois pas une preuve de quoi que ce soit. Mais cette coïncidence a pris un sens pour moi.

Comme si cette nuit était une invitation à ne plus fuir ce qui est inconfortable.

À accueillir Bhairava.

Non pas pour entretenir la souffrance, mais pour voir directement ce qui est là avant que le mental ne recommence à fabriquer des explications.

Peut-être que c'est cela, au fond, l'accueil de Bhairava : ne plus chercher immédiatement à sortir du choc, mais laisser apparaître ce qu'il révèle, sans le recouvrir aussitôt d'une nouvelle histoire.

Retour à la sélection des articles



Commentaires